La cortisone : bon ou mauvais ?

Plusieurs personnes se demandent si elles devraient recevoir une infiltration de cortisone prescrite par leur médecin. Cela fera-t-il vraiment une différence dans leur douleur parfois rendue intolérable ou ce sera un autre coup d’épée dans d’eau ?   

D’un autre côté, nous entendons souvent l’affirmation populaire de la fameuse règle de trois :  ne pas dépasser le nombre de 3 infiltrations par articulation, espacée chacune de 3 mois au minimum. Est-ce que cette recommandation est encore vraie ou désuète ?  

  

Qu’est-ce que la cortisone ?  

Le corps humain produit naturellement le cortisol, qui est une substance fabriquée par les glandes surrénales (situées au-dessus des reins). Celui-ci permet à l’organisme de mobiliser toute l’énergie de ses réserves afin de faire face au stress quotidien.   

C’est avec les connaissances approfondies des effets bénéfiques du cortisol que nous avons pu élaborer la famille des corticoïdes (aussi appelée corticostéroïdes), dont la cortisone fait partie. La cortisone est un anti-inflammatoire stéroïdien très souvent utilisé pour traiter la douleur reliée à l’arthrose sévère (polyarthrite rhumatoïde), pour ses effets immunosuppressifs (éviter le rejet d’un organe greffé) et en complément dans les traitements de chimiothérapie.  

Bien que l’utilisation soit commune, les corticostéroïdes se retrouvent sous prescriptions médicales seulement. Nous ne pouvons s’en procurer en vente libre.  

  

Quels types d’infiltration vais-je recevoir ?  

Intra-articulaire : se sera des infiltrations à l’intérieur de l’articulation, principalement pour traiter l’inflammation liée à l’arthrose et à l’arthrite. Pour ce qui est des articulations plus difficiles d’accès, tel que les hanches et la colonne vertébrale, les injections se feront sous radiographie ou échographie afin de confirmer le site et rendre l’intervention plus sécuritaire et précise.  

  • Bloc facettaire : un mélange de cortisone et de xylocaïne (analgésique local) sera injecté au niveau des facettes articulaires des vertèbres adjacentes (Image 1). 

 

  • Bloc foraminal : un mélange de dexaméthasone (corticoïde) et un analgésique local sera injecté au niveau du foramen afin de soulager un nerf comprimé (Image 2). 

  

Péri-articulaire : c’est dans le cas d’une tendinite : au pouce, au coude et à l’épaule par exemple. Une infime quantité de corticoïde sera injecté à côté du tendon ou d’une gaine tendineuse dans le but d’agir au contact de la lésion.  

Intra-canalaire : l’infiltration se fera à l’intérieur d’un détroit où passe un nerf irrité, tel que le tunnel carpien.  

  

Effets secondaires à court terme des infiltrations et recommandations  

Bien que le but ultime soit de soulager, parfois il faut vivre quelques désagréments avant de connaître les bénéfices des infiltrations. 

  • Réaction inflammatoire : c’est assez fréquent d’avoir une légère réaction inflammatoire au site de l’injection, car après tout, un corps étranger (aiguille) est introduit dans le corps. L’inconfort ne dépasse rarement les 24h à 48h post injection. Une application de froid localement est recommandée.  
  • Effet rebond : il y a une augmentation transitoire de la douleur dû à la diffusion des produits injectés.  
  • Certaines personnes auront chaud, des maux de têtes ou auront une poussée de fièvre, mais tous ces symptômes demeureront très bénins.  
  • Comme les médicaments sont injectés localement et que le passage dans le sang est très faible, les effets secondaires le seront aussi.  
  • Un repos total de 24h à 48h de la région traitée est recommandé afin de favoriser l’amélioration rapide des symptômes et permettre une meilleure concentration du médicament dans la zone à traiter.  
  • L’activité physique pourra être repris après 15 jours si la condition et le niveau de douleur le permet.  
  • L’effet maximal de l’infiltration se fait sentir après 2 à 3 semaines environ.  

  

Pourquoi se limiter au nombre de trois ?  

Il semblerait que les injections répétées peuvent avoir des effets délétères sur les tendons et les cartilages, les fragiliser et augmenter le risque de blessure à long terme. Aussi, si la douleur et l’inflammation reliées à l’arthrose n’ont pas diminuées de façon significative après deux injections, il est fort probable que cela ne s’améliorera pas avec les suivantes. De nouvelles avenues devront être envisagées.  

  

Qu’en est-il de la cortisone par voie orale ?  

Pendant de nombreuses années, on ne faisait qu’acclamer les bienfaits des corticostéroïdes jusqu’à ce que des chercheurs se penchent sur le sujet. Suite à des recherches par l’équipe américaine du Dr Jeffrey Curtis à l’université d’Alabama en 2006, (auprès de 200 patients) et celle du Dr Dörte Huscher au centre de Recherche allemand sur les rhumatismes de Berlin en 2009 (auprès de milliers de patients), une liste impressionnante d’effets indésirables fut publiée.  

  • Rétention d’eau et de sel. En plus du côté esthétique, les risques sur la santé sont plus élevés pour ceux qui souffrent d’hypertension ou qui ont des problèmes cardiaques.  
  • Prise de poids (70% des patients)   
  • Augmentation de l’appétit sans l’augmentation des dépenses caloriques   
  • Augmentation et aggravation des cataractes (15%) 
  • Augmentation des fractures (12%)  
  • Développer le diabète (10%)  
  • Fonte musculaire (sarcopénie) 
  • Déminéralisation des os et ostéoporose  
  • Effets neuropsychiatriques, tel que l’euphorie et des changements de comportement. 

Comprenez-moi bien ici, les effets néfastes des corticoïdes se font sentir lorsque des doses élevées sont prises sur une période prolongée. Une prise occasionnelle et de courte durée n’aura aucunement ces effets. Alors ne songez surtout pas à ne pas vous faire traiter !  

  

Comment vivre avec les effets néfastes ?  

Malheureusement, certaines personnes devront vivre inévitablement avec les effets néfastes de la prise de cette substance dû à des conditions physiques sévères (polyarthrite rhumatoïdes, maladies auto-immunes ou neuromusculaires rares). Un suivi multidisciplinaire leur sera conseillé.  

Nutrition : assister à des ateliers sur la nutrition afin d’avoir de bons réflexes quant aux choix d’aliments à privilégier dans son assiette, la gestion des portions et de l’augmentation de l’appétit. Quand on sait que les corticoïdes sont toxiques pour certaines cellules qui construisent l’os en plus de diminuer l’absorption du calcium, la perte osseuse est un problème majeur. Des rencontres individualisées avec une nutritionniste afin de pallier aux manques nutritionnels et favoriser des aliments anti-inflammatoires devraient faire partie du plan de traitement.  

Exercices physiques : rester actif physiquement permettra de diminuer les effets secondaires des corticostéroïdes. Avec l’aide d’un kinésiologue ou d’un praticien en exercices thérapeutique, un programme d’exercices comprenant du renforcement permettra accélérer la réparation musculaire et prévenir la perte de celle-ci.  

Rhumatologie : trouvez un rhumatologue de confiance avec qui vous pourrez échanger facilement. Vous devrez faire équipe sur une longue période pour adapter vos prescriptions selon les aléas de la vie et essayez la meilleure avenue pour vous.  

Restez entouré, actif et informé sur sa condition physique respective demeure toujours la meilleure approche, que vous ayez la polyarthrite rhumatoïde ou une tendinite au pouce.  

 

Un travail d’équipe avant tout

L’infiltration de cortisone n’a pas pour objectif de tout régler à elle seule. Le patient se doit d’être participatif à sa réhabilitation. Avec l’infiltration, l’on souhaite diminuer suffisamment le niveau d’inflammation et de douleur afin que la personne puisse se remettre à bouger et reprendre le contrôle de sa santé. Lui offrir une fenêtre d’accalmie assez longue pour que celle-ci puisse pratiquer les exercices prescrits par son thérapeute, reprendre ses marches quotidiennes, retrouver sa force et sa mobilité d’avant. La rééducation active sera la clé du succès.